ATTAC-54

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La COP30 de Belém (Édito – janvier 2026)

En novembre dernier, les délégations de 194 pays se sont réunies durant deux semaines à Belém, au nord du Brésil, pour la COP30 (30e Conférence des Parties à la Convention de l’ONU sur le climat). Belém est la capitale de l’État du Para, deuxième État du Brésil par la taille, en plein cœur de l’Amazonie. L’Amazonie, exemple criant de ce qu’on appelle le fossé de l’ambition : d’un côté le président Lula parle de la protéger, notamment pour lutter contre la crise climatique (en effet la déforestation y réduit considérablement la biodiversité, affectant la régulation des émissions de CO2) ; d’un autre côté, son gouvernement y autorise de nouveaux forages pétroliers.

Or l’un des espoirs de cette COP était qu’il en sorte une feuille de route claire pour une transition juste vers les énergies renouvelables, pour l’abandon à terme des énergies fossiles qui nous mènent à une catastrophe annoncée et déjà bien entamée… Y est-on parvenu ? Pas vraiment, hélas…

L’accord qui est sorti de ces deux semaines de pourparlers entre les États participants ne contient pas les termes « combustibles fossiles », seul est mentionné le Consensus des Émirats arabes unis (engagement des Émirats en 2023, lors de la COP28 de Dubaï à « une transition hors des énergies fossiles »). Donc cet engagement pris il y a deux ans tient toujours, mais sans que le nouveau texte sorti de la COP30 ne fasse état de nouvelles avancées sur ce point.

Les projets fossiles se poursuivent, en particulier aux États-Unis (un des mots d’ordre de la campagne électorale de Donald Trump était : « Drill, baby, drill ! » Fore, chéri, fore !). Il est d’ailleurs à noter que pour la première fois depuis le lancement des COP en 1995, les États-Unis n’ont pas participé à celle de Belém, Donald Trump niant le changement climatique qu’il a qualifié de « plus grande arnaque jamais menée ».

Faut-il alors se désespérer, considérant que la COP30 n’a été qu’un coup d’épée dans l’eau ? Non, même si cette COP ne sera pas celle d’une accélération de la lutte contre le dérèglement climatique, on peut quand même pousser un (petit) ouf de soulagement : l’attitude des États-Unis de Donald Trump n’a pas poussé les États participant à la COP30 à remettre en question la réalité du changement climatique et l’impérieuse nécessité d’agir.

Les mots, c’est bien. Les actes, c’est mieux. Surtout quand il y a urgence absolue.

Accord Mercosur-Union Européenne : le libre-échange contre la planète et les humains

Le 15 janvier 2026, l’Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) ont signé l’accord de libre-échange négocié depuis de nombreuses années, malgré l’opposition d’un grand nombre d’Européens, notamment de la majorité des agriculteurs français. Face aux mobilisations agricoles et citoyennes, Emmanuel Macron, pourtant partisan convaincu et acteur des politiques néo-libérales, a voté contre sa ratification par l’Union européenne. Pure hypocrisie ! Ce chantre du libre-échange savait pertinemment que son vote serait minoritaire et ne présentait aucun risque d’empêcher, ni même de freiner le processus de validation de cet accord. D’ailleurs, depuis la conclusion de celui-ci en 2019, et malgré les promesses présidentielles et gouvernementales, la France n’a rien fait pour en modifier le contenu initial, ni pour faire respecter les « lignes rouges » qu’elle avait elle-même fixées : pas d’augmentation de la déforestation, conformité avec l’Accord de Paris sur le climat, respect des normes sanitaires et environnementales pour les produits agroalimentaires importés du Mercosur. Or, les conséquences de l’accord, s’il est appliqué, seraient dévastatrices pour l’agriculture paysanne, mais aussi pour les écosystèmes et le climat.

En premier lieu, cet accord constitue une menace sur les filières économiques les plus fragiles des deux côtés de l’Atlantique. Comme tous les accords de libre-échange, dont le but est de stimuler la croissance des pays signataires en favorisant leurs échanges commerciaux, il met en concurrence les producteurs et entreprises des pays signataires. Or la croissance des exportations de produits agricoles du Mercosur vers l’Europe – notamment de viande, mais aussi d’autres produits agroalimentaires – n’apportera rien aux paysans sud-américains : elle profitera surtout aux grandes exploitations. En revanche, elle mettra en difficulté les éleveurs européens confrontés à la concurrence de ces dernières qui, de surcroît, ne sont pas soumises aux mêmes règles qu’eux.  

En effet, les normes sociales, sanitaires et environnementales en vigueur dans l’Union européenne sont généralement plus exigeantes que dans les pays du Mercosur. Or, rien dans l’accord ne garantit que seuls des produits réalisés dans des conditions de production similaires et selon des normes équivalentes pourront être importés en Europe. Pour que ce soit encore plus clair, une « annexe sur le développement durable », censée rassurer les opposants et désarmer les critiques, rappelle que toute partie prenante à l’accord ne pourrait « appliquer le droit de l’environnement et le droit du travail d’une manière qui constituerait une restriction déguisée au commerce ». Tout est dit : le droit du commerce l’emporte sur toute autre considération.

Du côté européen, les entreprises du secteur automobile voient dans cet accord la possibilité de vendre dans les pays du Mercosur les voitures thermiques qu’ils ne pourraient plus commercialiser en Europe après 2035. Celles de la chimie y voient un moyen de continuer à écouler des pesticides et autres produits dangereux pour la santé qui sont ou seront interdits d’utilisation dans l’UE. Autrement dit, il s’agit d’exporter de la pollution et des poisons – qui d’ailleurs, pour ces derniers, reviendront dans nos assiettes par le biais des produits importés.

Un autre effet des accords de libre-échange est la multiplication des transports internationaux de marchandises, ce qui contribue inévitablement à augmenter les émissions de gaz à effet de serre (GES). D’énormes bateaux porte-conteneurs ou des avions-cargos transportent sur des dizaines de milliers de kilomètres des marchandises pourtant déjà produites ou susceptibles de l’être dans les pays de destination. Il arrive même que des objets ou des composants fabriqués sur un continent soient assemblés dans un autre, éventuellement conditionnés ailleurs, puis reviennent au point de départ comme produits finis pour être mis sur le marché…

S’agissant plus spécifiquement du Mercosur, l’augmentation de la production agricole, notamment de viande bovine, pour répondre à la croissance des exportations vers l’Europe, va nécessairement accélérer la déforestation : l’un des moteurs importants de ce phénomène en Amazonie est l’accroissement des surfaces agricoles affectées au pâturage du bétail. Le rapport de la commission Ambec, remis au Premier ministre en 2020, conclut à une accélération de la déforestation annuelle de l’ordre de 5 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes. Cette accélération contribuera à la dégradation du climat mondial et à la diminution de la biodiversité.

Cet accord néolibéral d’un autre temps, qui ne profite qu’à l’agro-business et aux multinationales au détriment des agriculteurs, de la santé publique et du climat, ne doit pas être mis en œuvre. Le libre-échange ne peut pas, et ne doit plus être, le principe qui guide l’Union européenne en matière de politique commerciale. Il est au contraire urgent de réduire notre dépendance aux marchés mondiaux, tant pour nos importations que pour nos exportations.

Comme l’ont écrit récemment une trentaine d’organisations, dont Attac-France, dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron : « Nous ne voulons ni de la loi de la jungle de Donald Trump, ni de la poursuite d’une mondialisation néolibérale désastreuse, mais une relocalisation écologique et solidaire qui permette de satisfaire les besoins des populations sans détruire les activités des agriculteurs et des salariés, pas plus que la planète. »

Dernière minute

Le 21 janvier 2026, le Parlement européen s’est prononcé par 334 voix contre 324 en faveur d’une résolution qui renvoie l’accord UE-Mercosur devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Ce vote, fruit des mobilisations paysannes et citoyennes menées depuis des années, suspend donc le processus de ratification européen. Le Collectif national Stop Mercosur déclare dans un communiqué : « Ce vote, qui n’est pas une surprise, illustre ce que nous disons depuis des mois : il n’y a pas de majorité acquise au sein de l’UE en faveur de l’accord le plus nocif jamais négocié par l’Union européenne. Toute application provisoire de l’accord serait un scandale démocratique inacceptable, bafouant le parlementarisme et les institutions européennes. »

L’histoire n’est donc pas terminée. Les luttes non plus.

Le monde selon Trump

Ce communiqué d’Attac-France fait suite à l’intervention des États-Unis au Venezuela, « une agression irresponsable, brutale et dangereuse ».

Le président américain et son administration aggravent l’instabilité du monde en piétinant la charte de l’Organisation des Nations Unies signée au lendemain de la seconde guerre mondiale, qui pose un cadre de régulation des relations internationales.

Le régime de Maduro était critiquable car autoritaire. Mais ce ne sont ni des considérations démocratiques, ni la lutte contre le narcotrafic qui ont guidé Donald Trump et son administration, acteurs et complices d’autres régimes autoritaires. Fidèles à une vision impérialiste qui a déjà produit des effets dévastateurs, notamment en Amérique latine, ils ont surtout voulu montrer leur force et leur vision du monde. Ils imposent une nouvelle fois la « loi du plus fort » contre le droit, la diplomatie et le respect des peuples.

Trump s’inscrit ainsi, avec une brutalité assumée, dans une longue histoire d’ingérences, de déstabilisations et de tentatives de mise sous tutelle du Venezuela par les États-Unis. Depuis le XXᵉ siècle, cette même logique impérialiste a par ailleurs frappé de nombreux peuples : en Haïti, en Afghanistan, en Irak, au Yémen, au Chili, au Niger, et ailleurs. Le Venezuela n’est qu’un nouvel épisode d’une stratégie bien rodée qui, à terme, risque, si le gouvernement de Trump s’obstine, de mener à l’instabilité de la région et au-delà.

Ce faisant, Trump et son administration continuent de légitimer les pays qui agressent ou colonisent d’autres territoires, comme c’est le cas en Ukraine ou en Palestine – dont la situation dramatique marquée par un génocide désormais connu de tous, peut hélas désormais s’aggraver davantage. L’agression américaine est un signal envoyé aux pays qui convoitent d’autres territoires au mépris de leurs peuples, de la démocratie, de la paix.

Dans le même temps, Trump et son administration se lancent dans une fuite en avant qui aggravera la dégradation de l’environnement et le pillage des ressources naturelles pour le plus grand profit des multinationales américaines. De fait l’administration Trump ne cache pas son intention de s’approprier non seulement le pétrole du Venezuela et les ressources du Groenland (comme le cuivre, le platinium, le lithium, le phosphore ou le tungstène) mais aussi de s’attaquer à la Colombie et à Cuba.

Face à cette violation assumée, brutale, délibérée, cynique et provocatrice, mais surtout irresponsable, illégale et illégitime au regard du droit international et de la souveraineté d’un pays, la réaction d’Emmanuel Macron est confondante. Le président du pays des droits de l’Homme et du citoyen ne dit pas un mot sur le droit international et se campe sur un atlantisme stupéfiant et complice des exactions trumpiennes ; il montre une réelle incapacité de se positionner en faveur du droit et de la paix.

Comme l’affirme la Charte des Nations Unies de 1945, qui « codifie les grands principes des relations internationales, depuis l’égalité souveraine des États jusqu’à l’interdiction d’employer la force dans ces relations » et fait partie d’un socle touchant aux droits humains avec la déclaration universelle des droits de l’Homme : c’est au peuple qu’appartient souverainement et démocratiquement le droit de déterminer son avenir, dans la paix et en dehors de toute influence et agression extérieures.

C’est sur ces bases que l’association Attac soutiendra les mobilisations qui défendent le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, à la stabilité, à la paix et à la démocratie et qui dénoncent la loi du plus fort, l’impérialisme des États coloniaux et des multinationales climaticides, la violation du droit international et l’agression de pays souverains.

Quelle France souhaitons-nous ? Celle de la LIBERTÉ, de l’ÉGALITÉ et de la FRATERNITÉ ! (Édito – décembre 2025)

Décembre est un mois où les projets humains, culturels, environnementaux et sanitaires prennent une dimension particulière, surtout quand ils se veulent porteurs d’espoirs.

La succession de dates symboliques nous invite à réfléchir à ce qui fait société. Décembre exalte des causes universelles au travers des journées internationales de lutte contre le sida, pour l’abolition de l’esclavage, pour les droits des personnes handicapées, pour le soutien auvolontariat, contre la corruption, pour les droits humains… Sans même évoquer le solstice d’hiver qui marque le retour de la lumière après les jours les plus sombres de l’année.

Et puis, et puis le 18 décembre il y a la journée internationale des migrants, suivie deux jours plus tard par la journée internationale de la solidarité, qui encourage la coopération, le partage et l’unité face aux grands défis mondiaux : inégalités, pauvreté, conflits, climat, environnement.

Il est essentiel de marquer ces  deux dates de notre mobilisation.

Pourquoi essentiel ? Parce que l’État et ses préfectures – en Meurthe-et-Moselle comme partout ailleurs – affichent de manière décomplexée leur rejet d’une politique d’accueil des migrants digne de ce nom et leur complaisance envers une idéologie qui se droitise à l’extrême.

Parce que même le Conseil Départemental, depuis le début du mois de décembre, a expulsé une dizaine de jeunes dont il met en doute la minorité. Dix jeunes expulsés, ce sont dix enfants que l’autorité départementale met à la rue pendant de longs mois… Jusqu’à ce qu’un juge considère, finalement, que ces enfants sont bel et bien mineurs (c’est ce qui arrive pour la moitié d’entre eux).

Enfin, parce que même la municipalité de Nancy refuse le moindre prêt de matériel aux organisateurs d’un buffet solidaire le 20 décembre* : pas une table, pas une guirlande, pas d’accès à l’électricité…

NB : Nous redoutons l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en France ? Alors agissons sans frilosité, résistons ouvertement.

* Retrouvez nous ce samedi 20 décembre sous l’Arc Héré (entre la place Stanislas et la place Carrière) entre 17h30 et 19h30, pour un grand buffet solidaire en mode auberge espagnole (sans alcool et sans porc, merci)

Courte rétrospective 2025

Attac-54 vous propose, pour finir l’année avec le sourire,  quelques clins d’oeil sur l’actualité politique française de l’année écoulée. Nous en assumons bien entendu le parti pris. Merci à Lefred Thouron, qui nous a aimablement autorisés à utiliser quelques-uns de ses dessins parus cette année dans Le Canard Enchaîné.

Janvier

Décès de Jean-Marie Le Pen le 7 janvier. Le co-fondateur du FN aura, avec la gouaille décomplexée qui le caractérisait, animé la vie politique française durant plusieurs décennies, pour le pire et … le pire.

Février

Dans l’affaire des écoutes, Nicolas Sarkozy a été reconnu coupable d’avoir établi un « pacte de corruption » avec un haut magistrat à la Cour de cassation. Il échappe à la prison ferme, mais un bracelet électronique lui est posé le 7 février.

Mars

François Bayrou avait enfin obtenu en décembre le hochet après lequel il courait depuis des décennies : devenir Premier ministre et gouverner la France. Mais ses premiers mois aux manettes du pays se caractérisent surtout par une étrange inaction : la France est entrée en léthargie !

Avril

Dans l’affaire des assistants parlementaires européens, Marine Le Pen est condamnée pour détournements de fonds publics à quatre ans de prison et à cinq ans d’inéligibilité, avec application immédiate.

Mai

François Bayrou est éclaboussé par l’affaire de Bétharram, cet établissement catholique béarnais où plus de 200 anciens élèves ont dénoncé des faits de violences physiques, psychologiques et sexuelles qui s’étalent sur toute la seconde moitié du XXe siècle. Sa responsabilité est mise en cause en tant qu’ancien ministre de l’éducation et il est par ailleurs père d’une des victimes.

Juin  

Le 15 juin, le Journal Officiel publie l’arrêté d’exclusion de Nicolas Sarkozy de la Légion d’honneur, suite à sa condamnation dans l’affaire des écoutes. Il est le deuxième chef d’État français, après le maréchal Pétain, à qui on retire la breloque.

Juillet

Les paris vont bon train pour savoir si François Bayrou et son gouvernement vont tenir jusqu’en septembre sans se faire censurer. Le suspense est insoutenable…

Août

… Alors que ses propositions pour trouver 40 milliards d’euros d’économies ne conviennent pas à grand monde au sein de l’Assemblée nationale, qui se prépare déjà à voter la censure.

Septembre

Et la prophétie ne manqua pas de se réaliser : le gouvernement Bayrou tombe, après la demande par le Premier ministre d’un vote de confiance à l’Assemblée nationale. C’était suicidaire, même si ça ne manquait pas d’une certaine classe, car trop de griefs lui étaient reprochés : absence de vraies réformes, budget controversé, plan d’économies qui épargne les plus riches, etc. Il était devenu le Premier ministre le plus impopulaire de la Ve République.

Octobre

En poste depuis le  9 septembre, le nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu réfléchit pendant près d’un mois à un gouvernement, en annonce la composition le dimanche soir, et… démissionne le lundi matin. L’instabilité gouvernementale provoquée par Macron et sa décision de dissolution de juin 2024 devient inquiétante.

Novembre

Après avoir passé 20 jours en prison, à la Santé, pour sa condamnation dans l’affaire du financement lybien, Nicolas Sarkozy en sort le 10 novembre. La Cour d’appel avait accepté sa demande de libération sous contrôle judiciaire, en lui interdisant d’entrer en contact avec les autres prévenus. L’affaire sera jugée en appel à partir de mars 2026. Il est le premier ancien président de la République a avoir été incarcéré.

Décembre

L’union des droites a le vent en poupe en cette fin d’année. Les médias de la bollosphère et de la galaxie Stérin y travaillent activement. La droite républicaine se déchire entre d’une part les partisans du rapprochement avec l’extrême droite comme Ciotti, Retailleau, Wauquiez et même Sarkozy qui vient de laisser entendre qu’il s’y ralliait, et d’autre part ceux qui ne veulent pas en entendre parler au nom des valeurs républicaines, comme Barnier, Bertrand, Villepin, Philippe ou Copé.

80 ans après sa création : défendre et élargir la Sécurité sociale (Édito – novembre 2025)

En 1945, les forces de progrès avaient décidé de relever le pays, mais aussi, avec la création de la Sécurité sociale, exprimé la volonté de mettre en place un projet politique radical. Il s’agissait de soustraire à l’arbitraire du marché l’assurance-maladie, la retraite, les accidents du travail, l’aide aux familles.

Mais au fil des années les tenants du tout-marché se sont efforcés de combattre ce dispositif fondé sur la solidarité. Ainsi depuis les années 1990, cette Sécurité sociale a été mise à mal par les politiques économiques néolibérales. Cela s’est traduit par un détournement des cotisations au profit de l’État, des déremboursements croissants, des privatisations rampantes et la casse des hôpitaux publics.

Aujourd’hui il faut, bien sûr, résister à cette politique néfaste, mais il faut aller plus loin. Denouveaux enjeux relevant de la solidarité sont apparus, il faut donc élargir le champ de la Sécurité sociale : protection du jeune âge, prise en charge de la dépendance, mais aussi, en convergence avec les luttes écologistes, création d’une Sécurité sociale de l’alimentation et du logement.

Oui, il faut faire la démonstration que la Sécurité sociale reste toujours porteuse d’un projet politique radical et démocratique. ATTAC entend y contribuer.

Les économies budgétaires façon RN

Les propositions de contre-budgets par les groupes d’opposition en réponse aux projets de lois de finances des gouvernements sont devenues un rituel désormais bien établi en France.

Le Rassemblement National, en quête de respectabilité et voulant paraître prêt à diriger le pays avec sérieux et responsabilité, s’est plié pour la première fois à l’exercice, pour faire pièce au budget du gouvernement de Sébastien Lecornu.

Alors que celui-ci prévoit 30 milliards d’économies, le RN s’affiche plus ambitieux avec ses 36 milliards, en faisant un subtil distinguo entre dépenses « inefficaces » et « inutiles ». Dans les  dépenses « inefficaces », il inclut celles qui sont liées à l’immigration, à laquelle il s’agit de mettre un brutal coup de frein, et à l’Union européenne, dont il juge la contribution française beaucoup trop élevée ; dans les dépenses « inutiles », il cible en particulier les associations « ne relevant pas de l’intérêt général », un « intérêt général » dont on sent  bien le fumet xénophobe, raciste et antisocial. En tant que parti d’extrême droite, il fait donc preuve d’une grande cohérence idéologique.

Mais il y a une autre grande victime de ce contre-budget : l’écologie.  Que le RN n’ait pas de tropisme écologique, on le savait déjà : il préfère le brun au vert. Mais c’est tellement plus clair quand c’est écrit et chiffré noir sur blanc. Voyons cela un peu plus en détail.

Premières cibles dans le viseur : les agences publiques environnementales, ces empêcheuses de tourner en rond. Le RN prône la suppression de l’OFB (Office français de la biodiversité), de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), de l’Agence Bio (de son vrai nom, Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique), du Fonds vert pour la transition écologique, et il préconise une forte réduction du budget de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l ‘alimentation, de l’environnement et du travail), des agences de l’eau et des parcs nationaux. La plupart des associations environnementales sont également sur la sellette, car selon le RN elles ne relèvent pas de l’intérêt général. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les Etats-Unis, où les coupes sombres de Trump concernent tous les secteurs touchant à l’environnement et à l’écologie.

Aux journalistes souhaitant avoir plus de détails sur les associations dans le collimateur du RN, Marine Le Pen a rétorqué : « Vous aurez la liste complète quand nous serons élus. » Autrement dit : « Votez d’abord, vous verrez bien ensuite. » Gageons que, dans son esprit, cette liste sera argement étendue si par malheur ils devaient arriver au pouvoir.

L’offensive du RN contre l‘écologie ne s’arrête pas là, loin s’en faut ! Petite revue de détail non exhaustive de ses autres propositions  en la matière :

– les « inefficaces » énergies renouvelables, d’origine éolienne ou solaire, indispensables dans l’optique de la transition écologique, sont vouées à être remplacées par le nucléaire ;

– le Plan Vélo, dont le but est de faire du vélo et de la marche une alternative à la voiture individuelle, est « inutile », et doit donc être abandonné ;

– la taxe de 2 € sur les petits colis (Amazon, e-boutiques, géants de la fast fashion), qui pénalise l’envoi dans le monde entier d’articles à bas prix, est elle aussi « inutile » ;

–  il en est de même de la taxe sur les bouteilles et emballages plastiques, dont le but louable est pourtant de limiter leur utilisation ;

–  le dispositif MaPrimeRénov, qui avait été créé pour inciter les particuliers à mieux isoler leur logement, doit être supprimé ;

–  la récente hausse des taxes sur le secteur aérien, qui visait à freiner le développement de ce moyen de transport très énergivore, doit être annulée ;

–  exit le malus automobile, qui pénalise l’achat de véhicules polluants et se veut donc dissuasif à cet égard ;

– cerise sur le gâteau : le RN veut favoriser partout la climatisation : « C’est vrai, à la fin ! Y en a marre d’avoir chaud en été et froid en hiver… »

Avec un tel train de mesures, le Rassemblement National se positionne clairement comme le premier parti antiécologique de France.

Le goût du sang séché

Le mercredi 21 octobre 1981, Pierre Michel, juge anti-drogue, tombait sous les balles de caïds marseillais. Le jeudi 13 novembre 2025, Mehdi Kessaci tombait sous les balles de caïds marseillais. À 44 ans d’intervalle, dans la cité phocéenne, tant les méthodes opératoires des caïds (vider un chargeur de revolver sur la cible) que leurs motifs d’élimination (exécuter les empêcheurs de narcotrafiquer en paix) restent les mêmes… Le parallèle cependant s’arrête là. Dans les années 1980, la mafia marseillaise, alors structurée – certains parrains tels que Gaëtan Zampa avaient presque pignon sur rue –, obéissait, malgré son abject trafic, à quelques règles d’honneur : « on ne touche pas aux femmes, on ne touche pas aux enfants ». Dans les années 1980 (et dans les décennies qui ont suivi) on abattait celui ou ceux qui avai(en)t le courage d’affronter la pieuvre immonde, on ne s’en prenait pas aux proches.

Avec la mort de Mehdi Kessaci, jeune homme de 18 ans sans histoires, cette règle qui sauvait un semblant d’honneur a volé en éclats : on assassine, non plus ceux qui luttent contre le narcotrafic, mais leurs proches. Car, à travers ce jeune homme, ce gamin tout juste sorti de l’adolescence, c’est Amine Kessaci, le grand frère, qu’on a cherché à intimider. Amine Kessaci qui, depuis la mort de Brahim, son grand frère victime d’un règlement de compte sordide par des caïds marseillais, lutte quotidiennement contre les narcotrafiquants. En militant : fondateur de l’association Conscience, il accompagne les familles frappées par le narcotrafic. En écrivant : son livre, Marseille, essuie tes larmes*, est un réquisitoire implacable contre la mécanique mortelle du narcotrafic, « fabrique de vies brisées ».

Désormais le message des narcotrafiquants est limpide : non, vous ne pourrez plus vous conduire de façon héroïque, sachant que votre combat contre la drogue peut vous mener à la mort, maintenant vous saurez que vos proches y passeront eux aussi. Qui, dans ces conditions, peut accepter un combat dont il ne sera plus le seul à payer le lourd tribut ?

Sous protection policière, Amine Kessaci a ces mots terribles dans une tribune au journal Le Monde, quelques jours après le deuxième assassinat qui a dévasté sa famille : « Je dirai et répéterai que mon frère Mehdi est mort pour rien. Je dirai la violence du narcotrafic. »

Le 20 mars 2024, le ministre de la Justice d’alors, Éric Dupond-Moretti, avait affirmé, lors d’un entretien à BFMTV : « Celui qui fume son petit pétard le samedi, ce pétard-là, voyez, il a le goût du sang séché sur les trottoirs », ajoutant que la lutte contre les trafics de drogues est « l’affaire de tout le monde… » En d’autres termes, le trafic est d’abord soutenu par la demande, donc par ceux et celles d’entre nous qui aiment la drogue festive, la petite ligne de coke, le petit joint pour rendre la soirée plaisante… Sauf que le sang qui en coule, c’est celui de Mehdi et de tous ceux et celles qui sont tombés sous les balles des narcotrafiquants.

*Amine Kessaci, Marseille, essuie tes larmes, éditions Le bruit du monde, 20 euros. À acheter d’urgence ! C’est à la fois un acte militant et une lecture qui vous tient en haleine. Non, ce n’est pas une lecture plaisir, mais ce livre n’est d’aucune manière et à aucun moment ennuyeux à lire.

Le budget Lecornu (Édito – octobre 2025)

Un budget sucré/salé ? C’est ce qu’a annoncé Sébastien Lecornu en ouverture de la discussion budgétaire, recourant donc au lexique gustatif… peut-être assez malvenu pour parler de ce qui ne donne pas tellement envie de saliver. Donc, du sucré et du salé. Une mesure « sucrée » avec la suspension de la réforme des retraites, des mesures « salées » avec des tours de vis sociaux et des hausses d’impôts.

Mais, quitte à rester dans la métaphore gustative, le sucré ne vaut pas mieux que ces faux sucres qui firent fureur un temps, puisqu’il ne s’agit que d’une suspension… Ce qui signifie que dans un avenir qu’on devine très proche, cette réforme des retraites dont une large majorité des Français.e.s ne veut pas nous sera imposée et que nous n’aurons pour seule alternative que d’acquiescer ou dire oui. Donc en fait il n’y a que du salé dans ce budget : une réforme des retraites qui plane, toute prête à s’abattre à la première occasion, des tours de vis sociaux et des hausses d’impôts… Encore que le terme « salé » est tout à fait injuste pour ce condiment essentiel : imagine-t-on une seconde un roquefort sans sel, des pâtes sans huile d’olive ni… sel ?

Certes, le déficit ne baisse pas et la dette augmente. Mais comment avons-nous pu passer d’un montant de dette de 2.200 milliards en 2017 (année où Emmanuel Macron a succédé à François Hollande) à 3.300 milliards aujourd’hui ? Bref, comment avons-nous pu augmenter notre dette de 50 % durant les années Macron ? Certes il y a eu la période Covid et son « quoi qu’il en coûte », mais seuls 165 milliards lui sont imputables.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Au point que notre budget semble n’avoir pour fonction que d’éponger une dette abyssale en taillant dans le social et l’écologie.

En juin dernier un rapport sénatorial a dévoilé le premier, le tout premier poste de dépenses de l’État. L’aide aux plus démunis ? Allons, point de fausse naïveté ! Alors les armées ? Après tout, la guerre est, pour ainsi dire, à nos portes et nous avons un devoir de solidarité à l’égard du peuple ukrainien. On avait dit : point de fausse naïveté ! L’éducation ? La santé ? En particulier la santé mentale des jeunes déclarée grande cause nationale ? Eh bien, non.

Le tout premier poste de dépenses de l’État, c’est l’aide aux entreprises, à raison de 211 milliards d’euros annuels. Aux grandes entreprises, pour l’essentiel. De l’argent facile, versé sans aucun contrôle, et dont on peine à croire qu’il serve à  créer des emplois ou augmenter les salaires.

L’hôpital, l’école, les transports, l’écologie, la justice se partagent un peu plus de 300 milliards alors qu’aucun de ces cinq secteurs (pour ne citer qu’eux) ne va bien, alors que l’hôpital suffoque, que l’école est à la peine, que nos dirigeants n’ont cure de l’écologie qui devrait être une urgence absolue, vitale, essentielle !

Donc les impôts vont augmenter. Très bien ! Nous, à ATTAC, on est pour l’impôt ! pour la participation de tous et toutes à l’effort commun ! mais à proportion des moyens de chacun et chacune, bien sûr. C’est ce « bien sûr » qui semble faire furieusement défaut à nos dirigeants. Car quel est le taux effectif d’imposition des Français.e.s ? Tout dépend de « selon que vous serez puissant ou misérable » (eh oui, les choses n’ont guère évolué depuis La Fontaine). Si on prend en compte l’ensemble des revenus des ménages français, voilà comment « l’effort commun » se répartit : les 370 ménages les plus riches de France payent 27 % de leurs revenus ; les ménages des classes moyennes et populaires payent… 52 % de leurs revenus.

En clair : si vous êtes riche, vous payez proportionnellement deux fois moins que si vous êtes pauvre. Inversé, ça donne ça : si vous êtes pauvre, on vous demande de vous priver de ce qui vous est nécessaire, si vous êtes riche, on entame à peine votre superflu.

Non, ce budget n’est ni salé, ni sucré, il est juste indigeste.

Le projet PERICLES

Périclès fut un dirigeant de l’empire athénien du IVe siècle avant notre ère, reconnu comme le premier instaurateur de la démocratie. C’est aussi le nom d’un projet lancé en 2023 par l’entrepreneur et milliardaire français Pierre-Édouard Stérin pour amener au pouvoir en France une alliance de la droite et de l’extrême droite. Gageons que le choix de cet acronyme est moins lié à la démocratie qu’à une mesure controversée du dirigeant athénien limitant la citoyenneté aux personnes dont les deux parents – et non plus le père seul – étaient originaires de la Cité.

Pierre-Edouard Stérin entend mener un combat idéologique pour faire triompher ses idées politiques d’extrême droite, et religieuses version « catho-tradi ». À travers ce projet PERICLES, il n’hésite pas à engager une partie de sa fortune personnelle – 150 millions d’euros sur 10 ans – pour mener sa croisade. À l’image de son clone Vincent Bolloré qui, lui, mène son « combat civilisationnel » à travers les médias qu’il acquiert à tour de bras.

Le détail de l’acronyme PERICLES est éloquent : Patriotes – Enracinés – Résistants – Identitaires – Chrétiens – Libéraux – Européens – Souverainistes. N’en jetez plus ! Une telle avalanche de termes (très) conservateurs pose tout de suite le cadre. C’est ainsi que L’Express a pu qualifier Stérin de « milliardaire qui veut évangéliser la France » et L’Humanité de « saint patron de l’extrême droite française ».

Si la liste de ces termes qui sentent bon l’extrême droite ultra-conservatrice commence par « Patriotes », le patriotisme de Stérin reste cependant à géométrie variable, n’allant pas en tout cas jusqu’au civisme de base de payer ses justes impôts dans son propre pays : le gaillard est un exilé fiscal ayant fui en Belgique en 2012, après l’élection de François Hollande !

Quant au projet global, son objectif affiché est de « sauver la France », pas moins, une France que Stérin estime menacée par ces vilains islamo-gauchistes laïcards, wokistes et immigrationnistes. Le moyen d’y arriver : favoriser une « victoire idéologique, électorale et politique » grâce au financement de multiples projets. Mais un certain flou est savamment entretenu autour de ces derniers. Si les plus consensuels d’entre eux – philanthropiques ou civiques – font l’objet d’une large communication, d’autres moins avouables – politiques, catholiques identitaires – sont complètement occultés dans les médias.

Le projet veut également pallier le manque de cadres à droite et à l’extrême droite. Une des mesures phares est ainsi la création d’une école de formation au mandat de maire pour, est-il précisé, « former et faire gagner en 2026 environ 1000 maires de petites et moyennes communes ». Mais l’échéance principale dans le viseur est l’élection présidentielle de 2027, qu’il s’agit de faire remporter par l’union des droites menée par un Rassemblement national qui a clairement les faveurs de Stérin.

Ce projet PERICLES est à l’image du laboratoire d’idées (Think tank) américain très conservateur « The Heritage Foundation », qui a favorisé l’arrivée au pouvoir d’un Donald Trump, et grandement influencé les orientations politiques sous les deux mandats de celui-ci.

La France suivra-t-elle un chemin analogue ?