Alerte maximale sur la dette mondiale

jeudi 28 décembre 2017

lesechos.fr – RICHARD HIAULT / Grand reporter Le 15/12

A force de politiques monétaires accommodantes qui ont inondé le monde de liquidités, le risque d’une nouvelle crise financière est à nouveau élevé . – shutterstock
Jamais le niveau d’endettement des Etats, des entreprises et des ménages n’avait atteint un tel niveau en temps de paix. Le FMI et l’OCDE tirent la sonnette d’alarme : les pays du G7 doivent revoir de fond en comble leurs politiques économiques, à moins de prendre le risque d’une nouvelle crise majeure.

Nombre d’économistes s’en inquiètent. Et aussi les grandes institutions multilatérales comme le Fonds monétaire international (FMI) ou l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) : le niveau d’endettement atteint par l’économie mondiale atteint des proportions inouïes.

Entre 2006 et 2016, selon la Banque des règlements internationaux (BRI), la dette cumulée des Etats, des entreprises et des ménages est passée de 234,6 % du PIB à près de 275 %. Un tel gonflement n’avait jamais été enregistré en temps de paix. La seule dette des ménages des pays riches est passée de 52 % du PIB en 2008 à 63 % l’an dernier. Historiquement, la probabilité de voir une crise bancaire majeure émerger dans les trois années qui suivent lorsque ce ratio atteint 65 % s’accroît nettement, avertit le FMI.
Des marchés euphoriques

N’en ayant cure, les marchés d’actions sont à leur plus haut niveau. Au point que les écarts de rendement constatés entre les emprunts d’Etat et ceux des entreprises sont très faibles. Dans une note récente, Patrick Artus, responsable de la recherche de Natixis, soulignait : « Les pays de l’OCDE sont menacés de multiples crises sociales, politiques, économiques et financières du fait de la hausse continuelle des taux d’endettement et des prix des actifs (actions, immobilier). » Les responsables sont connus : les banques centrales des pays du G7 et les dirigeants politiques desdits pays. Les monceaux de liquidités déversés dans le système financier international via des politiques monétaires accommodantes et/ou non conventionnelles, par l’achat d’obligations publiques essentiellement, ont conduit à cette situation. Les leaders politiques n’ont pas, parallèlement, entrepris les réformes structurelles requises pour restaurer la croissance, favoriser la création d’emplois et réduire les inégalités. Ils ont préféré se défausser sur la seule politique monétaire.
Une bombe à retardement

Une attitude suicidaire dénoncée dans un ouvrage récent, malheureusement passé inaperçu du grand public, publié par Hervé Hannoun, ancien sous-gouverneur de la Banque de France et ex-directeur général adjoint de la BRI, avec Peter Dittus, ex-secrétaire général de la BRI. Le titre est évocateur : « Revolution Required : the ticking time bombs of the G7 model » . « Les politiques économiques des pays du G7 nous conduisent tout droit vers une crise du système financier international. Ces politiques sont irresponsables, que ce soit dans les domaines monétaire, macroéconomique ou dans les domaines climatique et de la défense », écrivent-ils.

" Les politiques économiques des pays du G7 nous conduisent tout droit vers une crise du système financier international. Ces politiques sont irresponsables. "

Et d’enfoncer le clou : « Les apprentis sorciers ont construit un modèle de croissance basé sur la dette qui nous conduit tout droit vers le prochain krach financier. » Aujourd’hui, tout le monde semble vivre dans le monde d »Alice aux pays des merveilles’ sans se rendre compte du gonflement d’une « supernova de dettes » appelée à éclater avec fracas un jour ou l’autre. « Le déclencheur de cette crise de système sera une soudaine perte de confiance quand les acteurs économiques réaliseront que les dettes accumulées par les pays du G7 sont insoutenables et que les prix des actifs financiers ont été artificiellement gonflés par des politiques monétaires extrêmes qui sont le facteur commun à tous les excès spéculatifs actuels », prédit Hervé Hannoun.
Circonscrire l’incendie

Ces politiques monétaires ultra-accommodantes, dès 2008, ont permis de circonscrire l’incendie qui menaçait de s’étendre. Une dépression comparable à celle des années 1930 a été évitée. Sauf qu’elles devaient être temporaires. Elles se sont poursuivies. Avec la bénédiction des grandes institutions multilatérales. Les déterminants de la croissance ne sont pourtant pas aux mains des banques centrales. Le niveau de croissance dépend de la hausse de la productivité. Le « tsunami monétaire » n’a conduit qu’à de multiples aberrations.

La terrible vérité derrière les taux d’intérêt négatifs

La première est l’apparition de taux d’intérêt négatifs. Nombre de gouvernements en Europe sont maintenant payés pour emprunter. Les investisseurs ne sont donc pas récompensés pour leur prise de risque. Comment expliquer aujourd’hui un si faible écart de taux entre les emprunts d’Etat français et allemands au regard de l’évolution économique respective des deux pays ? Entre 2008 et 2016, la dette publique brute allemande a progressé modérément de 65 % à 68 % du PIB. Pour la France, le niveau est passé de 68 % à 96 %. Une telle divergence aurait dû normalement conduire à un élargissement des taux d’intérêt entre les deux pays. Il n’en a rien été. En juillet 2017, l’écart était de 0,3 %.

Autre aberration : côté entreprises, la faiblesse des taux d’intérêt les a poussées à s’endetter à bon prix. Dans quel but ? Pas pour investir à long terme dans du capital, mais pour financer des rachats d’actions. Pour favoriser leurs cours boursiers au bénéfice des actionnaires, accroître le versement de dividendes et détenir d’importantes sommes en cash.

Les banques centrales sont aujourd’hui piégées. Leur politique monétaire est dictée par les desiderata de Wall Street, de la City et d’ailleurs. Chacun peut s’en persuader en analysant leur politique de communication, axée sur ce que leur suggèrent les départements de recherche des grandes banques internationales. Le piège est d’autant plus redoutable qu’aucune banque centrale ne veut endosser la responsabilité de déclencher le krach obligataire, l’explosion de la supernova. Mais, lorsque l’inflation fera son retour, il leur faudra bien remonter leur taux d’intérêt. La Fed a déjà commencé à le faire . Timidement. Pas la Banque centrale européenne ni la Banque du Japon.

La hausse inéluctable des taux d’intérêt et des primes de risque occasionnera des pertes considérables pour les investisseurs. Mais, surtout, dit Hervé Hannoun, « cette nouvelle crise devrait conduire à la remise en cause du modèle de croissance du G7, largement fondé sur la dette, le carbone et la course aux armements ».
Richard Hiault @RHIAULT

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