COP24 : En 2018, les émissions de CO2 sont de nouveau en hausse, boostées par la croissance de l’économie

dimanche 9 décembre 2018

Novethic, le 06/12/2018

On espérait que le pic d’émissions de CO2 dans l’atmosphère serait atteint afin de limiter le réchauffement planétaire. Malheureusement, la croissance économique entraîne des besoins énergétiques importants assurés par les énergies fossiles. La Chine en particulier accroît son recours au charbon et pèse lourd dans la balance.

Décidément cette COP24 à Katowice en Pologne n’est pas la COP des bonnes nouvelles. Le "pic" des émissions de CO2, qui devrait déjà être là pour espérer que les conséquences du réchauffement soient limitées, n’est pas pour tout de suite. Les émissions de CO2, première cause du réchauffement mondial, ont connu en 2018 une hausse inédite depuis sept ans, à + 2 %.

Selon un bilan annuel publié mercredi en marge de la 24e conférence climat de l’ONU, ce sont les émissions de CO2 liées à l’industrie et à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz qui augmentent particulièrement. Elles devraient croître de 2,7 % par rapport à 2017, après une hausse de 1,6 % l’an dernier ayant suivi trois ans quasiment stables.

Il faut remonter à 2011 et la sortie de la crise financière de 2008 pour trouver pire taux, dit à l’AFP Glen Peters, climatologue au centre de recherche Cicero (Oslo) et co-auteur de l’étude, parue dans la revue Open Access Earth System Science Data.

Boom de la Chine

"Les politiques se font distancer par la croissance de l’économie et de l’énergie", souligne-t-il. "On est loin de la trajectoire qui nous permettrait de rester à 1,5°C ou même 2°C" de réchauffement, objectifs de l’accord de Paris. "La rhétorique enfle mais l’ambition non, nous avons complètement dérapé".

La hausse de cette année est alimentée notamment par un boom d’émissions en Chine (+4,7 %). Le pays est à l’origine d’un quart des émissions mondiales. Ses efforts avaient pourtant permis des résultats encourageants les années précédentes, selon ce 13e bilan du Global Carbon Project, réalisé par 80 scientifiques.

"Les tendances des dernières années ont beaucoup à voir avec les hauts et les bas de l’utilisation du charbon en Chine", souligne Corinne Le Quéré, de l’Université d’East Anglia. Mais "nos experts chinois pensent que cette résurgence est liée aux stimulus économiques donnés par le gouvernement, et donc possiblement temporaires".

Recul en Europe

Deuxième pays émetteur, les États-Unis en sont à +2,5 % d’émissions en 2018. Ceci n’est toutefois pas forcément à imputer aux politiques anti-climat de Donald Trump, mais plutôt à un hiver et un été extrêmes qui ont sollicité chauffages et climatiseurs, notent les chercheurs.

De son côté, l’Inde enregistre une hausse de 6,5 %. Seul bon élève, l’Union européenne qui voit ses émissions reculer de 0,7 %, avec toutefois de fortes disparités nationales.

Au total, les émissions de CO2 fossiles devraient atteindre un record de 37,1 Gt en 2018. Soit les trois quarts des gaz à effet de serre. Auxquels s’ajoutent 5 Gt liées à la déforestation. "Ce n’est pas encore le pic d’émissions" espéré, note Corinne Le Quéré, mais pas un retour non plus aux forts taux des années 2000.

La Rédaction avec AFP
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