Guerre nucléaire et changement climatique : nous sommes à deux minutes de l’apocalypse

jeudi 1er février

Ludovic Dupin pour Novethic

Depuis 65 ans, la Doomsday Clock, l’Horloge de l’Apocalypse, n’a jamais été aussi proche de minuit. Elle indique 23h58. Or à minuit cette horloge conceptuelle marque la fin du monde. Entre 2017 et 2018, l’horloge a avancé de 30 secondes. Son réglage, déterminé par The Bulletin of Atomic Scientists, met en avant les menaces que font peser sur le monde le changement climatique et le risque de guerres nucléaires.

La dernière réunion du bulletin des scientifiques de l’atome ne laisse rien présager de bon pour notre avenir. Selon cette communauté de scientifiques, comptant de multiples prix Nobel, l’Horloge de l’Apocalypse a avancé de 30 secondes en 2017. Ses aiguilles indiquent désormais 23h58, à seulement deux minutes de l’apocalypse qui surviendra à minuit. En cause, le risque croissant de guerre nucléaire, le manque de mobilisation contre le changement climatique et les nouvelles technologies de l’information.

L’Horloge de l’apocalypse, the Doomsday Clock en anglais, est une horloge conceptuelle imaginée en 1947 par les scientifiques du projet Manhattan. Ce sont eux qui ont "donné" au monde les premières armes nucléaires, celles qui se sont abattues sur le Japon en 1945. Depuis cette horloge avance ou recule selon l’état de danger du monde. En 1991, à l’occasion de la fin de la guerre froide, elle indiquait 23h43. En 1953, alors que les États-Unis et la Russie testaient leurs premières bombes à hydrogène, l’horloge pointait 23h58...

L’imprévisibilité de Trump

Selon le Bulletin of Atomic Scientists, le monde est donc dans le même état d’alerte aujourd’hui. "En 2017, les dirigeants mondiaux ont échoué à répondre efficacement aux menaces de guerres nucléaires et au changement climatique, rendant le monde plus dangereux qu’il ne l’était un an auparavant, le rendant aussi dangereux que depuis la seconde guerre mondiale", écrivent les scientifiques. "Cette année, la question nucléaire est de nouveau au centre des préoccupations", précise Rachel Bronson, présidente du bulletin

"Le plus grand risque qui a émergé en 2017 concerne le nucléaire", peut-on lire dans un communiqué. Il évoque le programme d’armement nord-coréen qui a fait des "progrès remarquables", ce qui accroît le risque pour la péninsule coréenne et toute la région. Cela alourdit aussi les relations avec les États-Unis. "L’imprévisibilité de Trump" pourrait conduire à une guerre par accident ou par incompréhension.

D’autres causes de guerres sont également évoquées. Les tensions croissantes entre Washington et Moscou inquiètent alors que les deux États mènent des exercices militaires aux frontières de l’Otan. Dans la région Asie-Pacifique, des tensions demeurent entre les États-Unis et la Chine et, dans le sud de l’Asie, l’escalade de la violence a repris entre le Pakistan et l’Inde.

Un échec lamentable

Sur le terrain du changement climatique, même si la menace est moins immédiate, les scientifiques regrettent qu’aucune tendance ne se dessine vers la fin des émissions de CO2. Ils pointent bien sûr du doigt l’annonce du retrait américain de l’Accord de Paris. "[Ce pays] persiste dans sa politique irresponsable et inefficace sur le changement climatique (...) dans sa précipitation pour démanteler les politiques environnementales rationnelles, l’administration américaine ignore les faits scientifiques et le bien-fondé des analyses économiques".

"Après avoir plafonné pendant quelques années, les émissions américaines de CO2 ont repris leur hausse obstinée. En dépit des campagnes de désinformations sophistiquées menées par les climatosceptiques, les conséquences d’un climat altéré sont d’une réalité indéniable", explique le Bulletin.

Au-delà du nucléaire et du climat, les scientifiques alertent aussi sur les changements technologiques qui "bouleversent nos démocraties alors que les États utilisent les technologies de l’information comme des armes, à travers des campagnes de désinformation sur Internet, la volonté d’influencer des élections, et d’éroder la confiance du public dans des institutions essentielles pour garantir la libre-pensée et la sécurité globale".

"L’échec des dirigeants mondiaux à lutter contre les plus grandes menaces pour le futur de l’humanité est lamentable. Mais cet échec est réversible. (…) L’horloge de l’apocalypse s’est déjà éloignée de minuit par le passé et, durant l’année à venir, le monde peut une fois de plus s’éloigner de l’apocalypse. L’avertissement lancé par (la communauté scientifique) est clair : le danger est évident et imminent".

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