Le Smic est en berne, le CAC 40 est à la fête

dimanche 1er janvier 2017

Médiapart - 29 décembre 2016. Par Laurent Mauduit et Donatien Huet

Extraits :

Les socialistes ont été les premiers à opérer cette conversion, dès le virage de 1982-1983. Au cœur de la politique dite improprement de « rigueur » qui se met alors en place – il s’agit en vérité d’une politique violente d’austérité salariale –, il y a le célèbre dogme de Pierre Bérégovoy, celui de la désindexation des salaires sur les prix. Si le Smic n’est pas encore ouvertement mis en cause par les dirigeants socialistes de l’époque, et les coups de pouce pas encore tabous, progressivement, la politique contractuelle entre en déclin. « Il n’y a plus de grain à moudre », dira dans une formule passée à la postérité André Bergeron, le leader historique de Force ouvrière. En somme, c’est le premier coup de boutoir......

Sans grande surprise, près de 95 % des smicards sont ouvriers ou employés. Et les femmes sont les plus mal loties : 12,7 % d’entre elles sont au Smic, contre seulement 5,5 % dans le cas des hommes. Il y a aussi cette spectaculaire inégalité d’accès au travail : 43 % des smicards sont à temps partiel, alors que pour l’ensemble des salariés le taux n’est que de 17,5 %. L’effet ravageur de cette montée de la précarité est désormais connu : le travail ne protège plus de la pauvreté ; et le Smic n’a plus l’effet protecteur qu’il avait auparavant. Dans cet environnement nouveau où les petits boulots, le travail à temps partiel ou l’intérim ont dénaturé l’emploi, tous les anciens instruments inventés durant les Trente Glorieuses, comme le Smic, ont perdu de leur efficacité.......

Pour prendre en compte la réalité du chômage et la montée de situations d’extrême précarité, il faut suivre les évolutions non pas seulement de la catégorie A mais aussi des catégories A à E. Or, dans ce cas, la hausse est ininterrompue et plus vertigineuse, puisque l’on est passé, en France métropolitaine, de 4 960 000 personnes en mai 2012 à 6 238 400 personnes en novembre 2016, soit une progression de 1 278 400 personnes pour la durée du quinquennat.....

Les rémunérations du CAC 40 en hausse de 11,4 % en 2015

Ce nouveau capitalisme a modifié en profondeur les règles du partage entre travail et capital, au détriment du premier et à l’avantage du second. Avec cette précision complémentaire, qui est tout sauf anodine : au sein même du capital, les règles du partage ont été modifiées, au détriment de l’investissement, pour le seul avantage des actionnaires, qui exigent des dividendes en croissance constante.

Cette évolution signe le naufrage de François Hollande, qui a encouragé ces mouvements socialement inéquitables et économiquement dangereux. Mais elle souligne tout autant l’un des enjeux de la prochaine élection présidentielle. À l’étude de ces chiffres, on pourrait être enclin à seulement interpeller les candidats pour savoir s’ils sont favorables d’une part à une limitation par la loi des abus de ces rémunérations pratiquées par le CAC 40, d’autre part à une relance du Smic et du pouvoir d’achat des plus modestes.

Mais la question est beaucoup plus vaste. C’est l’horlogerie interne du capitalisme qui a été modifiée en profondeur en faveur du pouvoir financier. C’est donc l’horlogerie même de ce capitalisme qu’il faudrait revoir, pour en finir avec cette tyrannie et renouer avec des règles de partage plus justes, plus humaines…

Allez ! Dans l’attente de ces « jours heureux », bonne année quand même…

A lire entièrement sur Médiapart : https://www.mediapart.fr/journal/france/291216/le-smic-est-en-berne-le-cac-40-est-la-fete?page_article=4



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