Union européenne Bras de fer autour du budget italien

jeudi 25 octobre

Yann Mens, 24/10/2018 pour Alternatives économiques, extraits :
Le torchon brûle entre Rome et Bruxelles. Au cœur du différend, l’augmentation du déficit public prévue par le projet de budget italien et les projections de croissance de l’économie du pays. Le gouvernement, dominé à Rome par la Ligue de Matteo Salvini et le Mouvement cinq étoiles de Luigi di Maio, envisage dans le budget 2019 un déficit public équivalent à 2,4 % du produit intérieur brut (PIB). Il entend financer ainsi des mesures promises par les deux formations lors des législatives de mars dernier : baisses d’impôts à destination des indépendants et des PME, instauration d’un revenu minimum garanti, abaissement de l’âge de départ à la retraite, qui avait été relevé par une réforme de 2011, relance de l’investissement public… Ces hausses des dépenses s’accompagnent de projections jugées optimistes de croissance pour l’économie italienne en 2019 (+ 1,5 %). A l’heure actuelle, celle-ci n’est que de 1,1 % en rythme annuel et de nombreux économistes estiment qu’il en sera de même l’an prochain.
Mais c’est avant tout la Commission européenne qui conteste le projet de budget italien. Alors que le précédent gouvernement s’était engagé à réduire de 0,6 % le déficit structurel des finances publiques, c’est-à-dire la part de ce déficit indépendante des effets conjoncturels de la croissance, le projet veut l’augmenter de 0,8 %, au risque de faire gonfler la dette du pays, qui s’élevait à 131,2 % du PIB fin 2017. Les règles de fonctionnement de la zone euro prévoient que l’Italie devrait ramener ce taux à 120 % d’ici trois ans, alors que le gouvernement envisage qu’il s’élèvera encore à 126,7 % du PIB en 2021.

Copie à revoir

Le 23 octobre, la Commission a donc demandé au gouvernement italien de revoir sa copie budgétaire, ce qu’elle n’avait jamais exigé d’un Etat membre. Et si la nouvelle version, qui doit être présentée dans un délai de trois semaines, ne lui convient toujours pas, elle dispose en principe de pouvoirs de sanctions (1). Mais à sept mois des élections au Parlement européen, une telle décision visant un gouvernement récemment élu risquerait de favoriser les votes populistes. Ce sont surtout les marchés qui pourraient contraindre Rome à changer de politique si dans les semaines à venir, inquiets devant les perspectives économiques et financières de l’Italie, ils imposaient à l’Etat et aux emprunteurs du pays des taux d’intérêt de plus en plus élevés.

1. « Italy New Fiscal Plans : the Options of the European Commission », par Grégoire Claeys et Antoine-Matthieu Collin, Bruegel, 8 octobre 2018, accessible sur https://bit.ly/2q7nF5i



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