David Graeber : « La bureaucratie sert les intérêts des 1% »

dimanche 3 janvier 2016

« De nos jours, on ne parle guère de la bureaucratie. Au milieu du XXe siècle, en revanche, le mot était partout, notamment à la fin des années 1960 et au début des années 1970 », constate David Graeber en introduction de son nouveau livre intitulé Bureaucratie et publié par les Liens qui libèrent.

Pour l’anthropologue anarchiste rendu célèbre pour son livre sur la dette – qui s’est écoulé à des centaines de milliers d’exemplaires –, cette disparition n’est pas liée au fait que les problèmes relatifs à la bureaucratie auraient disparu mais à ce que « nous y sommes habitués » et que « nous n’avons plus envie de réfléchir à la bureaucratie », alors même qu’elle « détermine tous les aspects de notre vie », si on ne la confond pas avec l’État.

En effet, affirme David Graeber, « il faut mille fois plus de paperasse pour entretenir une économie de marché libre que la monarchie absolue de Louis XIV ». L’anthropologue rappelle en effet que « le libéralisme anglais n’a pas entraîné le dépérissement de la bureaucratie publique, mais exactement le contraire : l’expansion continuelle de tout l’éventail des juristes, greffiers, inspecteurs, notaires et commissaires de police qui ont rendu possible le rêve libéral d’un monde de libres contrats entre individus autonomes ».

Le problème, c’est que le langage de l’individualisme anti-bureaucratique, porté dans les années 1960 et 1970 par une gauche qui se battait aussi contre le capitalisme, a été repris « avec une férocité croissante par une droite qui réclame des “solutions de marché” à tout problème social ». Face à ce mouvement, « la gauche classique s’est vue de plus en plus réduite à livrer une pitoyable bataille d’arrière-garde pour tenter de sauver ce qui reste du vieil État du bien-être. Sous prétexte de rendre l’action de l’État plus “efficace”, elle a approuvé – et souvent impulsé – la privatisation partielle des services publics et l’intégration croissante, dans la structure de l’administration bureaucratique elle-même, des “principes de marché”, “incitations de marché” et autres “procédures de responsabilisation” fondées sur le marché ».

Pour l’anthropologue, tout cela conduit à une « catastrophe politique », puisque « face à tout problème social, les solutions de la gauche radicale sont presque partout exclues tout court et celles de la gauche “modérée” sont invariablement devenues la fusion cauchemardesque des pires éléments de la bureaucratie et des pires aspects du capitalisme ».

À suivre David Graeber, nous assistons donc « à la fusion progressive de la puissance publique et privée en une entité unique, saturée de règles et de règlements dont l’objectif ultime est d’extraire de la richesse sous forme de profits ». En effet, selon lui, « libre-échange et marché libre signifient en réalité création de structures administratives mondiales », tandis qu’une « partie des profits de l’extraction des rentes est recyclée vers des composantes privilégiées des professions spécialisées et libérales, ou sert à créer de nouveaux types de bureaucrates gratte-papier dans les entreprises », stimulant ce qu’il dénonçait dans un précédent article, à savoir l’essor des « métiers à la con », « artificiels et visiblement dénués de sens – coordinateur de vision stratégique, conseil en ressources humaines, analyste juridique, etc. –, bien qu’une fois sur deux, même les détenteurs de ces postes soient secrètement convaincus qu’ils n’apportent rien à l’entreprise ».

Extraits d’un article publié par Médiapart en janvier 2016


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