La lutte sociale se joue sur les marchés financiers 2

jeudi 17 mai

Dividendes du CAC 40 : l’épine dans le pied du gouvernement
15 mai 2018 Par Romaric Godin pour Médiapart, extraits :

La redistribution par les dividendes ?

Le chef du gouvernement évite le sujet. Il évoque la participation des salariés qui serait favorisée mais uniquement, encore une fois, par une baisse de fiscalité pour l’entreprise et précisément pour les PME, pas pour celles du CAC 40, qui en sont souvent les donneurs d’ordre. Bref, Édouard Philippe répond à côté et n’évoque même pas l’investissement. Or s’il ne s’agit plus de favoriser l’investissement, les mesures de défiscalisation du capital ne sont plus que des mesures en faveur des détenteurs du capital, rien de plus. C’est ce qu’avoue Édouard Philippe......
le rapport d’Oxfam et de Basic montre également une tendance à la baisse de l’actionnariat français. Que les dividendes des entreprises du CAC 40 favorisent les revenus des veuves floridiennes, c’est sans doute fort bien pour elles et pour la Floride. Mais on avouera que l’on est loin de la volonté affichée par ailleurs de dynamiser l’économie française…
Surtout, c’est oublier la structure des richesses : les premiers bénéficiaires des revenus du capital, parce qu’ils sont les premiers détenteurs de ce capital, sont les plus riches. Édouard Philippe nie ainsi le caractère profondément inégalitaire, en plus d’être largement improductif, de la distribution de dividendes. Alors même qu’en défiscalisant, le gouvernement réduit la redistribution par l’impôt pour favoriser l’inégalité de la distribution de dividendes.....
la vision angélique du premier ministre considère que les « premiers de cordée » porteraient seuls les risques de l’aventure capitaliste. On sent poindre la morale de ce discours : les salariés, eux, disposent de l’assurance-chômage, pas les actionnaires, ni les chefs d’entreprise. Mais là aussi, la vision est particulièrement réductrice. En réalité, dans la logique de valeur actionnariale de l’entreprise qui domine le capitalisme contemporain, l’essentiel du risque n’est pas porté par les actionnaires. Ceci ne signifie pas qu’ils n’assument pas in fine une partie de ce risque, mais avant eux, ce sont bien les salariés et les fournisseurs de ces grands groupes qui assument ce risque.

Le capitalisme français moderne se caractérise d’ailleurs par le réflexe de faire porter tout ajustement d’abord sur les salariés. .....

Et Édouard Philippe n’a rien fait pour stopper ce phénomène, bien au contraire puisque la réforme du code du travail favorisera encore cet ajustement par l’emploi. Quant à l’assurance-chômage, il convient de rappeler que c’est une protection relative : 56 % des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi ne sont pas indemnisés en France. À part dans la tête des membres du gouvernement, la vie de salarié n’est pas une vie de cocagne surprotégée.

Et la vie de l’actionnaire n’est pas une vie de risque permanent mal récompensé. Les détenteurs d’actions bénéficient de nombre de protections, à commencer par les politiques de soutien au marché des banques centrales qui leur ont assuré une hausse continue des indices boursiers depuis des années. Ils ont aussi, en théorie, un droit de regard sur la gestion de l’entreprise qui n’est guère accordé aux salariés. Autrement dit, ils ont une protection de plus et savent où ils vont. Qu’ils n’exercent pas vraiment ce droit les regarde. Ils ont enfin la possibilité de sortir à tout moment en vendant leurs titres, protection qui n’est pas à la disposition du salarié puisqu’un démissionnaire, malgré la timide réforme du gouvernement, risque de tout perdre. Malgré toutes ces protections, le risque des actionnaires semble donc plus récompensé que celui des salariés.........
Quant aux chefs d’entreprise, sans doute prennent-ils des risques mais, au-delà des cas individuels et des situations où l’indépendance n’est qu’une forme de salariat précarisé (auto-entrepreneurs, indépendants, etc.), conséquence de cette logique de valeur actionnariale, ce risque est-il réellement mal récompensé ? Là encore, le rapport d’Oxfam et de Basic répond sans ambiguïté : les PDG du CAC 40 sont payés 109 fois plus en moyenne que la moyenne de leurs salariés. Y a-t-il nécessité vitale d’aller plus loin par de la défiscalisation ?
En réalité, ce rapport sur les dividendes du CAC 40 est terriblement gênant parce qu’il sape toutes les justifications de la politique économique d’Emmanuel Macron. La défiscalisation du capital n’avait rien d’urgent ni d’incontournable. Dès lors, il ne reste plus qu’une seule explication à cette politique : la volonté de mener, en bon gouvernement conservateur, une politique de classe.


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