Le cobalt et le lithium sont le pétrole du XXIe siècle… et il n’y a pas de quoi se réjouir

jeudi 15 mars 2018

novethic le 9 mars 2018
Le cobalt et le lithium sont à la base des technologies de batteries pour les véhicules électriques. Or, l’exploitation de ces ressources provoquent des dégâts environnementaux et sociaux. Quant aux réserves, elles sont limitées et inégalement réparties… De quoi provoquer de vraies tensions géopolitiques, à l’instar de l’or noir.

Le pétrole a nourri le XXe siècle. C’est une source d’énergie incroyablement puissante et pratique. L’or noir est abondant, il est facile à manipuler (des réservoirs en plastiques suffisent à le stocker), il est peu nocif, il est très dense en énergie (quelques dizaines de litres suffisent à propulser une voiture d’une tonne sur des centaines de kilomètres). Il est aussi à la source de toute la chimie actuelle (matériaux, médicaments, engrais, bitume…)

Ces incroyables qualités ont rendu l’humanité accro. D’ici la fin de l’année, la planète passera le seuil symbolique des 100 millions de barils de pétrole consommés chaque jour. Mais cette soif ne cesse de mettre en évidence la malédiction de l’or noir : les conflits armés liés sa faible répartition géographique, la pollution due à son exploitation de plus en plus complexe, les émissions de CO2 provoquée par sa combustion…

150 millions de véhicules électriques en 2040

Heureusement, la transition énergétique est là pour calmer la demande grâce aux énergies renouvelables mais surtout aux véhicules électriques et hybrides. En 2017, environ 2 millions de véhicules électriques roulaient dans le monde. En 2040, les prévisions extrêmement conservatrices de BP ou Exxon tablent sur 150 millions d’unités.

Mais cet essor pose la question de la fabrication des batteries. Deux métaux sont clés : le lithium et le cobalt, sans compter une multitude d’autres métaux et terres rares. Alors que la demande explose, le côté face de la transition énergétique apparaît.

D’une part, le cobalt et le lithium sont inégalement répartis sur la planète. Le premier se trouve principalement dans deux pays : la République démocratique du Congo et la Chine. La récente annonce du pays africain d’augmenter les taxes minières a autant affolé les marchés qu’une annonce de baisse de production de pétrole du cartel de l’OPEP. Le second métal se trouve principalement dans quatre pays : Chili, Chine, Argentine et Australie.

Guerre économique

D’autre part, comme pour les énergies fossiles, les ressources sont limitées. Une cinquantaine d’années pour le cobalt, juge l’expert Guillaume Pitron, auteur de "La guerre des métaux rares" (Les liens qui libèrent, 2018). Pour le lithium, l’Institut d’études géologiques des États-Unis calculait 365 ans de production. Enfin, ces exploitations minières sont sensibles sur le plan environnemental et social (en RDC, 20 % du cobalt est extrait à la main, parfois par des enfants).

Cette relative rareté face à un marché croissant fait que le cours de ces matières s’envole, rappelant les chocs pétroliers. Le prix du cobalt a presque triplé en 18 mois pour atteindre 82 000 dollars la tonne. Il a pris plus de 20 % depuis début 2018. La crise est telle qu’une guerre entre le monde de l’industrie numérique et celui de la transition énergétique pour cette ressource est imminente. À l’instar de plusieurs acteurs des smartphones et de l’informatique, Apple est par exemple entré en négociation avec les producteurs de cobalt afin de sécuriser des stocks face à la soif de cobalt de l’industrie automobile.

Du côté des astéroïdes

Pour bien comprendre à quel point l’accès à ces matières est une question stratégique, rappelons que plusieurs pays envisagent déjà de trouver le salut du côté de l’espace. Dans les astéroïdes "proches" de la planète bleue, on trouve des ressources colossales en or, platine, antimoine, tungstène, cobalt… Autant de métaux indispensables aux transitions énergétique et numérique.

En 2015, Barack Obama signait le "Space Act" qui autorise les entreprises américaines à exploiter commercialement les ressources spatiales comme l’eau et les minéraux. En 2017, c’est le Luxembourg qui votait une loi autorisant les sociétés à extraire et s’approprier les métaux et hydrocarbures extraterrestres. Plusieurs entreprises se spécialisent déjà comme Deep Space Industries et Planetary Resources. Cette dernière est d’ailleurs financée par un certain Google.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin
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