Profits. Quand le CAC 40 fait son beurre en écrémant l’emploi

lundi 20 août

Jeudi, 16 Août, 2018
Sébastien Crépel – L’Humanité

Les bénéfices des sociétés de l’indice phare ne riment pas forcément avec embauches. Un tiers d’entre elles, ultrarentables, sont engagées dans des destructions de postes, certaines profitant des facilités des ordonnances Macron.

Quinze mille postes supprimés ou menacés à court ou moyen terme chez les entreprises du CAC 40. C’est, a minima, le recensement effectué par l’Humanité pour les 34 sociétés sur 40 qui ont publié à ce jour leurs comptes semestriels. Ceux-ci sont au beau fixe : plus de 47 milliards de profits sur les six premiers mois de l’année. Tous ces groupes sont bénéficiaires, à l’exception de Carrefour. Pourtant, un tiers d’entre eux ont annoncé ou procèdent à des coupes dans leurs effectifs en France (Airbus, 470 postes ; Axa, 160 ; BNP Paribas, 5 000 ; Engie, 2 500 ; Michelin, 1 500 ; PSA, 2 200 ; Sanofi, 657 ; Schneider Electric, 150 ; Société générale, 2 135 ; Solvay, 160 ; Veolia, 572).

Certaines de ces sociétés affichent même des profits en forte hausse, comme PSA (+ 18 %), Veolia (+ 13 %), la Société générale (+ 11 %) ou Michelin (+ 6 %). Pour Nasser Mansouri-Guilani, ces pratiques sont la preuve que « le discours libéral selon lequel il faut que les profits s’améliorent pour que l’on crée des emplois est infondé. C’est un discours idéologique, constate l’économiste et syndicaliste à la CGT (lire notre entretien page 6). Depuis au moins trois décennies, la part des profits monte sans que l’investissement et encore moins l’emploi n’augmentent nécessairement. Il n’y a pas de mystère : si ça augmente pour le capital, ça baisse pour le travail ».

Certains plans de suppression de postes sont officiels et s’étalent parfois sur plusieurs années, d’autres, comme la délocalisation du service clientèle chez Engie, s’apparentent à des « plans sociaux déguisés », estime l’expert d’un cabinet spécialisé. Selon cette source, « de plus en plus d’entreprises brouillent les pistes en jouant la carte de la transformation permanente : vente de filiales, départs forcés et, désormais, rupture conventionnelle collective (RCC), conséquence des ordonnances Macron ».

Jusqu’alors, les sociétés ne manquaient pas de solutions pour éviter de passer par la case licenciements, mais cela nécessitait le plus souvent la mise en œuvre d’un plan dit de sauvegarde de l’emploi (PSE) ou de départs volontaires (PDV). À l’instar de ce qui s’est passé chez Total, à La Mède (Bouches-du-Rhône), où le PSE qui court toujours permet à la direction de « jouer sur les mots, puisque la destruction de 182 postes s’est traduite non par des licenciements mais par des retraites anticipées, des mutations, des démissions », indique Fabien Cros, secrétaire CGT du comité d’entreprise. « Ce qui est nouveau, ce sont en effet les ordonnances Macron, qui donnent plus de facilité aux patrons pour réduire le “coût du travail” en se débarrassant des travailleurs dont ils ne veulent plus », souligne Nasser Mansouri-Guilani.

De grandes entreprises du CAC 40 n’hésitent pas à y recourir : à la Société générale, un accord de RCC a été signé dans le cadre de la suppression de 2 135 postes. Idem chez PSA, qui prévoit 1 300 départs via une RCC, sur un total de 2 200. Sans que les embauches annoncées en regard ne viennent compenser ces destructions.


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